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La rééducation périnéale chez l'homme

 

La rééducation périnéale et sphinctérienne a pour but de retrouver la continence urinaire compromise par une intervention chirurgicale ou plus rarement par d’autres causes (radiothérapies, lésion neurologique). Votre urologue vous a prescrit des séances de rééducation périnéale à faire auprès d’un kinésithérapeute. En quoi cela consiste-t-il ?

 

Première étape : le bilan

Le kinésithérapeute commence par prendre connaissance de votre cas personnel :

  • type de votre incontinence (incontinence à l’effort, incontinence par urgenturie),
  • son importance (calendrier mictionnel),
  • l’intervention chirurgicale qui en est souvent la cause,
  • votre manière d’uriner et les caractéristiques générales qui vous sont propres (mode de vie, alimentation, boissons, activités physiques,…). Certaines activités font courir plus de risque au périnée que d’autres.  

Le fonctionnement de la région de l’anus doit être considéré : les sphincters urinaire et de l’anus fonctionnent en parallèle. Vous pourriez avoir déjà constaté des difficultés à retenir vos gaz ou vos selles, sans avoir voulu en parler à votre urologue.

Deuxième étape : un périnée, pour quoi faire?

L’homme, comme la femme, a un périnée. Son anatomie est différente, mais il a les mêmes fonctions : assurer la continence, le soutien musculaire de la vessie, de la prostate et du rectum, permettre une bonne vidange vésicale et rectale et une fonction sexuelle satisfaisante. Le kinésithérapeute peut vous expliquer, par différents moyens dont des images, ce qu’est le périnée et comment il fonctionne.

Troisième étape : l'examen du périnée

L’observation de votre périnée lorsqu’on vous demande de le contracter (« imaginez que vous retenez une envie d’uriner ») permet déjà de connaitre votre manière de le commander : les imperfections sont nombreuses (par exemple pousser au lieu de se retenir). Avec votre consentement, un toucher rectal est fait afin de juger du tonus musculaire du périnée, au repos et en contraction (0 = aucune contraction perçue ; 5 = excellente contraction).

Lorsque vous toussez

  • on observe parfois une fuite urinaire;
  • on juge de la compétence abdominale à l’effort : si votre ventre rentre ou si au contraire il se gonfle, traduisant une mauvaise orientation des pressions abdominales.

Quatrième étape : la rééducation proprement dite

Le bilan a permis de préciser les objectifs de la rééducation : elle peut prendre diverses formes. Toutes les méthodes de rééducation exposées ci-après sont complémentaires et n'existent pas les unes sans les autres. Mais selon les conclusions du bilan initial, le travail ne se fait pas toujours de la même façon.

Le travail manuel

Lors du travail manuel avec le kinésithérapeute, souvent en début de rééducation, le but est pour vous de prendre conscience de votre périnée, de vos muscles, pour apprendre à contracter correctement ceux qu’il faut et pas les autres. Cela peut prendre plusieurs séances et nécessite que le kinésithérapeute mette un doigt dans votre anus.

Dans le cas de l’incontinence urinaire qui nous occupe ici, vous devrez ressentir que vous contractez l'urètre même si la sensation est souvent perçue au niveau de l'anus. C'est un exercice parfois assez fastidieux. Ce travail est nécessaire et sera d'autant plus efficace que vous aurez bien appris comment contracter le sphincter de l'urètre, petit muscle soumis en partie à la volonté.

Vous devrez aussi apprendre à renforcer votre plancher périnéal, qui soutient l'urètre au moment des efforts notamment.

Dans la vie quotidienne, on ne réfléchit pas à quels muscles nous devons contracter pour retenir une envie d'uriner ou une fuite : cela se fait automatiquement. C'est aussi cela le but de la rééducation : pouvoir automatiser tout ce que vous allez apprendre pour ne plus avoir à y penser.

 

 Le biofeedback

Littéralement « rétro contrôle biologique », cette technique vous aide à prendre conscience des muscles et vous permet de savoir quel est l’effet réel de vos efforts musculaires. Une petite sonde anale en diabolo est raccordée à un ordinateur qui affiche le tracé de vos contractions périnéales et vous permet d’agir dessus.

Le système vous informe sur l'intensité de vos contractions : vous observez vos progrès au fur et à mesure des séances. Le thérapeute propose des exercices avec des jeux de courbes à l'écran : vous devrez les suivre tantôt en contractant, tantôt en relâchant les muscles.

  • Dans le cas de l'incontinence urinaire d'effort, il faut favoriser des contractions rapides et maximales afin de bloquer une éventuelle fuite.
  • Dans le cas d'une incontinence urinaire par urgenturie il faut travailler l’endurance des muscles pour calmer, ou inhiber, la vessie (apprendre à enchainer des contractions d'une dizaine de secondes permet de diminuer l'excitabilité de la vessie et ainsi différer l'envie d'aller aux toilettes et éviter une éventuelle fuite)

Le travail de biofeedback débute sur table, en position allongée ou semi assise. Mais les troubles arrivant souvent en position debout, il est important de vous mettre en situation : ainsi vous ferez également du biofeedback debout. Le ressenti est différent, mais ce travail est tout aussi nécessaire si vous voulez renforcer correctement le périnée. Ce que nous recherchons en vous faisant travailler debout, c'est surtout le verrouillage périnéal à l'effort.

Le thérapeute peut également vous faire travailler en équilibre sur un pied, voire même sur des plateaux d'équilibre pour exercer le périnée en proprioception (voir ce terme au glossaire) comme vous le feriez pour la rééducation d'une entorse de cheville par exemple. Le but est d'automatiser toutes ces stratégies pour les mettre en application dans la vie courante.

 L'électrostimulation

L'électrostimulation n'est débutée que sur avis de l’urologue. Entreprise trop tôt après une intervention chirurgicale, alors que la cicatrisation n’est pas complète, elle pourrait ne pas avoir l’efficacité espérée et provoquer des douleurs supplémentaires.

A chaque type d’incontinence urinaire son programme d'électrothérapie.

  • Pour l’incontinence urinaire d'effort l’électrostimulation permet de renforcer les muscles du périnée.
  • Pour l’incontinence urinaire par urgenturie ou l’hyperactivité vésicale, le programme d'électrostimulation est différent : le but est de chercher à calmer la vessie.

L’électrostimulation ne doit pas être utilisée de manière exclusive : c’est un outil très utile, mais pas le seul moyen de rééducation et elle doit toujours être associée à d'autres techniques. Elle sert parfois simplement à aider un patient qui aurait des difficultés à percevoir son périnée.

Il arrive qu’elle ne soit d'aucune utilité : lorsque le  périnée est hypertonique, il convient de rechercher la détente musculaire plutôt que de vouloir renforcer à tout prix.  

 

Le travail abdominal et postural

Le travail postural et abdominal complète la rééducation du périnée. Le périnée peut parfois être de très bonne composition alors qu’une incontinence persiste. Une mauvaise orientation des pressions abdominales au cours des efforts peut en être la cause en pesant fortement sur le périnée : au long terme le périnée en souffre et finit par ne plus pouvoir résister. C'est le cas par exemple lorsque vous soulevez fréquemment des charges lourdes (dans votre métier, lors de travaux à la maison). 

Le résultat recherché ici est de vous apprendre à mieux orienter les pressions dans votre abdomen,  pour ne pas créer de pressions excessives ou même pour les diminuer (travail hypopressif). Vous apprendrez des exercices dans diverses postures (allongée, assise, debout...) alliant respiration et exercices périnéaux. Vous pourrez les utiliser dans votre vie quotidienne et au cours de toute activité nécessitant d'avoir un bon verrouillage périnéal lors des efforts.

 

Cependant, parfois même lorsque la rééducation est bien conduite, elle ne donne pas les résultats escomptés. Tant sur le plan urinaire que sexuel. Vous êtes seul juge du résultat car vous seul pouvez dire si vous avez retrouvé le confort ou pas. Dans la négative, le kinésithérapeute peut vous réorienter vers votre urologue afin de chercher une autre solution à votre incontinence ainsi qu'à vos troubles sexuels.