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Rééducation du périnée ou pelvi-périnéale de la femme

 

La rééducation du périnée et du sphincter est souvent le premier pas du traitement de l'incontinence urinaire. Son déroulement et les exercices qui la composent ont une grande importance dans le résultat. C'est vous même qui en jugerez, car ce que l'on attend c'est votre soulagement.

Vous venez de consulter votre urologue qui, après un examen complet de votre cas, vous prescrit 10 à 15 séances de rééducation périnéale à faire auprès d’un kinésithérapeute (ou par une sage-femme dans certains cas). Le but de la rééducation est de pouvoir conjuguer vos activités avec une bonne continence.

 

Première étape : le bilan

La rééducation débute toujours par un bilan. Le kinésithérapeute prend connaissance

  • de votre incontinence (incontinence à l’effort, incontinence par urgenturie),
  • de son importance,
  • de la qualité de vos mictions (aisance de la miction, sensation de ne pas tout vider).
  • de vous-même, votre métier, vos activités quotidiennes, loisirs,  sports (un certain nombre de métiers et d’activités sportives sont « à risque » pour le périnée).
  • de vos habitudes de vie sont également importantes à considérer : régime alimentaire, boissons quotidiennes (la consommation excessive de certaines boissons - sucrées, gazeuses, café, thé – peut avoir un effet excitant sur la vessie), de même que les médicaments que vous prenez. Certains aspects de la sexualité peuvent éventuellement être abordés car ils ont un lien avec le périnée et la continence.

Les sphincters urinaire et de l’anus fonctionnant en parallèle (l’un ne va pas sans l’autre), la région de l’anus et du rectum doit aussi être explorée. De plus vous pourriez avoir déjà constaté des difficultés à retenir vos gaz ou vos selles, sans avoir voulu en parler à l’urologue.

Tous ces éléments sont notés et pris en compte pour composer un programme de rééducation le plus adapté possible à votre cas personnel.

 

Deuxième étape : un périnée, pour quoi faire?

Après ce bilan complet, le thérapeute vous explique ce qu’est le périnée et comment il fonctionne, à l’aide de planches anatomiques et de modélisations : vous pouvez ainsi voir et comprendre comment les contractions musculaires et le verrouillage périnéal garantissent une bonne continence. (insérer la modélisation avec le parapluie)

 

Troisième étape : l'examen périnéal

En début d’examen, le thérapeute observe votre périnée, comment vous le contractez (« imaginez que vous retenez une envie d’uriner »), la façon dont vous réalisez l’exercice (si vous retenez ou si au contraire vous poussez, si vous serrez les fesses et les cuisses, ou encore si vous exercez une poussée abdominale). Avec votre consentement, un toucher vaginal permet de juger de votre tonus musculaire au repos et de noter la contraction de vos muscles périnéaux (de 0 = aucune contraction perçue, à 5 = contraction maximale).

Le kinésithérapeute peut également vous demander de pousser pour mettre en évidence un éventuel prolapsus et de tousser pour observer la mobilité de l’urètre.

Cet examen permet enfin de choisir la sonde la plus appropriée pour votre rééducation.

Quatrième étape :   la rééducation

Le bilan ayant permis de préciser les axes de la rééducation, vous allez débuter le travail proprement dit. Il peut prendre diverses formes.

Toutes les méthodes de rééducation exposées ci-après sont complémentaires et n'existent pas les unes sans les autres.

            Le travail manuel

Le travail manuel, qui se fait avec le toucher vaginal, souvent en début de rééducation, est une prise de conscience du périnée : vous devez apprendre à commander correctement les muscles nécessaires maintenant que vous savez où ils se trouvent. Si la contraction est correcte le thérapeute observe une retenue et non une poussée, une contraction précise du périnée et non la contraction des muscles alentours comme les fessiers, les adducteurs des cuisses et les abdominaux.  

Le travail manuel peut nécessiter plusieurs séances tant que la prise de conscience n'est pas acquise. Pour l’incontinence urinaire qui nous occupe, vous devrez vous efforcer de contracter au niveau de l'urètre (« imaginez que vous retenez une envie d'uriner »). C'est un exercice parfois fastidieux mais nécessaire et d'autant plus efficace que votre contraction sera bien commandée.

Vous allez ainsi apprendre à renforcer votre plancher périnéal, qui soutient l'urètre au moment des efforts notamment.

Dans la vie quotidienne, on ne réfléchit pas à quels muscles nous devons penser contracter pour retenir une envie d'uriner ou une fuite; cela se fait automatiquement. C'est aussi cela le but de la rééducation : pouvoir automatiser tout ce que vous allez apprendre pour ne plus avoir à y penser.

            Le travail par biofeedback

Le périnée musculaire ne se voit pas. Mais à l'aide du dispositif intra vaginal (électrode) raccordé à un ordinateur, vous allez directement observer sur un écran vos contractions périnéales et agir dessus.

Par le biofeedback, littéralement « rétro contrôle biologique », l'intensité de vos contractions peut être mesurée : vous observez objectivement, sur un écran, vos progrès au fil des séances. Le thérapeute propose des exercices avec des jeux de courbes que vous allez devoir suivre tantôt en contractant, tantôt en relâchant les muscles.

 

Selon les conclusions du  bilan initial, le travail ne se fait pas toujours de la même façon.

  • pour l'incontinence urinaire d'effort, il faut plutôt favoriser des contractions rapides et maximales afin de bloquer une éventuelle fuite.
  • Pour l’incontinence urinaire par urgenturie on travaille l’endurance pour calmer, ou inhiber, la vessie (apprendre à enchainer des contractions d'une dizaine de secondes permet de diminuer l'excitabilité de la vessie et ainsi différer l'envie d'aller aux toilettes et éviter une éventuelle fuite)

 

Le biofeedback se fait au début en position allongée ou semi-assise, le temps de la prise de conscience. Mais comme vous vivez en position debout, il est important de vous mettre en situation : ainsi vous ferez aussi du biofeedback debout. Le ressenti est différent : ce que nous recherchons en position debout, c'est surtout le verrouillage périnéal à l'effort.

Il peut aussi être utile de travailler en équilibre sur un pied, voire même sur des plateaux d'équilibre pour exercer le périnée en proprioception (voir ce terme au glossaire) comme vous le feriez pour la rééducation d'une entorse de cheville par exemple. Le but est d'automatiser toutes ces stratégies pour les mettre en application dans la vie courante.

            L'électrostimulation

La technique de l’électrostimulation permet de renforcer les muscles du périnée dans le cas d'une incontinence urinaire d'effort.

Pour une incontinence urinaire par urgenturie ou lors d'une hyperactivité vésicale, le programme d'électrostimulation n’est pas le même : le but est de chercher à calmer la vessie.

A chaque type d’incontinence urinaire son programme d'électrothérapie.

L’électrostimulation n'est pas systématique. On peut parfois s’en passer, parfois elle permet de donner un petit coup de pouce à une patiente qui aurait des difficultés à percevoir son périnée. Elle ne doit pas être utilisée de manière exclusive : c’est un outil très utile, mais pas le seul moyen de rééducation et elle doit toujours être associée à d'autres techniques.

Il arrive qu’elle ne soit d'aucune utilité : lorsque le  périnée est hypertonique, il convient de rechercher la détente musculaire plutôt que de vouloir renforcer à tout prix.

            Le travail abdominal et postural

Le travail postural et abdominal fait partie d’une rééducation du périnée complète. On peut avoir un périnée de très bonne composition alors que des fuites persistent. Bien souvent il existe alors, au cours des efforts, une mauvaise orientation des pressions abdominales vers le bas : elles pèsent fortement sur le périnée. A la longue il en souffre et finit par ne plus pouvoir résister. C'est le cas lorsque vous soulevez souvent des charges lourdes (dans votre métier, vos travaux à la maison, si vous portez des enfants en bas âge). Il peut en résulter une incontinence urinaire.

Les exercices posturaux, en position allongée, assise, debout, alliant la respiration aux exercices périnéaux vous apprendront à mieux orienter ces pressions dans l’abdomen,  à ne pas créer de pressions excessives ou encore à les diminuer (travail hypopressif). Vous pourrez utiliser ces méthodes au cours de toute activité nécessitant d'avoir un bon verrouillage périnéal lors des efforts.

Le yoga et le Pilate sont de très bonnes activités à pratiquer en complément de votre rééducation ou lorsque celle-ci est terminée, car elles allient travail respiratoire, postural et périnéal.

Cependant, même une rééducation bien conduite, elle ne donne pas toujours les résultats escomptés. Vous êtes seule juge du résultat car il en va de votre le confort. En cas d’échec, le kinésithérapeute

vous réorientera vers votre urologue afin de chercher une autre solution à votre incontinence.